L’essentiel à retenir
- Le panettone se fait au lievito madre, un levain dur peu hydraté et rafraîchi trois fois pour perdre son acidité : c’est lui qui porte le beurre.
- Comptez trois jours de calendrier, mais seulement trois ou quatre heures de travail réel, réparties sur deux pétrissages.
- La cuisson ne se juge pas à la montre : 92 à 94 °C à cœur, mesurés à la sonde.
- Le geste signature vient après le four : on retourne le panettone tête en bas pendant toute la nuit, sinon la mie s’affaisse sous son propre poids.
Un panettone raté se reconnaît en une seconde : dôme creusé, mie tassée au fond du moule, fruits confits tous descendus au même endroit. Le problème est presque toujours en amont du pétrissage, ou après la cuisson.
Le panettone au levain est la pâte la plus exigeante qu’on puisse tenter chez soi : elle porte la moitié de son poids de farine en beurre, sucre et jaunes d’œufs, doit tripler de volume et garder cette légèreté à froid. Rien de cela ne tient sans un levain dur conduit avec méthode, ni sur une seule journée.
Un panettone tient d’abord sur son levain dur

En Italie, le levain du panettone a un nom à lui : le lievito madre. Une pâte aussi chargée en beurre et en sucre freine terriblement la fermentation : si le ferment n’est pas au sommet de sa forme, rien ne se passera de la nuit.
Pourquoi un levain dur, et pas un levain liquide
Un lievito madre tourne autour de 45 à 50 % d’hydratation : à cette consistance de pâte à modeler, les bactéries lactiques prennent le dessus sur les acétiques, qui font le vinaigre. Le levain reste doux, et ce n’est pas un détail de goût : l’acidité attaque le réseau de gluten, celui-là même qui doit retenir 150 g de beurre. Trop acide, la pâte colle, se relâche et ne porte plus rien — voir notre comparatif levain dur ou levain liquide.
Trois rafraîchis, puis le test qui dit qu’il est prêt
La veille du premier pétrissage, le levain doit être rafraîchi trois fois de suite, à trois ou quatre heures d’intervalle, à 26-28 °C : chaque rafraîchi dilue les acides accumulés et relance des levures jeunes, et au troisième l’odeur a viré du yaourt vers le lait. Un levain liquide se convertit en baissant l’eau jusqu’à 45 % sur deux ou trois rafraîchis ; sans ferment du tout, commencez par faire son levain maison.
Il est prêt quand il triple de volume en trois à quatre heures à 28 °C : doubler ne suffit pas, et une petite boule immergée dans l’eau tiède doit remonter en vingt minutes. Sinon, un rafraîchi de plus : quatre heures contre trois jours perdus.
Le panettone ne pardonne pas un levain approximatif : tout ce qu’on lui demande ensuite repose sur la force du ferment.
Ingrédients, matériel et planning sur trois jours

Les quantités ci-dessous donnent un panettone de 1 kg, soit une douzaine de tranches ; pour deux moules de 750 g, multipliez par 1,5. La pâte se construit en deux fois, une partie des ingrédients attendant le lendemain.
Les ingrédients pour un panettone de 1 kg
Premier pétrissage, le primo impasto :
- 230 g de farine de gruau T45, de force boulangère élevée (W 350 à 400)
- 85 g de levain dur à 50 % d’hydratation, rafraîchi trois fois, au pic de sa poussée
- 100 g d’eau à 18 °C
- 65 g de sucre en poudre
- 45 g de jaunes d’œufs (environ 3 jaunes)
- 65 g de beurre doux, pommade
Second pétrissage, le secondo impasto :
- 50 g de la même farine de gruau
- 55 g de sucre en poudre
- 55 g de jaunes d’œufs (environ 3 jaunes)
- 15 g de miel
- 5 g de sel fin
- 85 g de beurre doux, pommade
- les graines d’une gousse de vanille et le zeste finement râpé d’une orange non traitée
- 140 g de raisins secs, réhydratés dans de l’eau tiède puis égouttés et séchés
- 110 g d’écorces d’orange et de cédrat confites, en petits cubes
Allergènes : gluten (blé), œuf, lait et beurre. Les écorces confites peuvent contenir des sulfites, et certaines variantes ajoutent des fruits à coque — amandes, noisettes, pistaches — ou du chocolat : à signaler si vous offrez le panettone.
Le matériel : moule papier, sonde et brochettes
Le moule en papier n’est pas décoratif : ses parois guident la pousse vers le haut et ce sont elles qu’on transpercera pour suspendre le panettone à l’envers — un moule métallique rend le geste impossible. On ne le remplit qu’au tiers. Ajoutez un robot à crochet, une sonde, deux brochettes, et un four éteint lampe allumée en guise d’étuve.
Le planning sur deux à trois jours
Horaires indicatifs, à décaler selon votre journée : deux jours pleins si votre levain est déjà dur et en forme, trois s’il faut le convertir.
| Quand | Ce qu’on fait | Repère à surveiller |
|---|---|---|
| Jour 1, matin | Premier rafraîchi du levain dur | 3 à 4 h à 28 °C, il doit tripler |
| Jour 1, midi | Deuxième rafraîchi | 3 à 4 h à 28 °C |
| Jour 1, fin d’après-midi | Troisième rafraîchi | Odeur lactée, plus de piquant |
| Jour 1, soir | Primo impasto : farine, eau, sucre, jaunes, beurre, levain | 25 à 30 min de pétrissage, pâte lisse |
| Jour 1 soir → Jour 2 matin | Pousse du premier pétrissage | 10 à 12 h à 26 °C, volume ×3 |
| Jour 2, matin | Secondo impasto : farine, sucre, jaunes, miel, sel, beurre, fruits | 40 à 60 min, voile de gluten |
| Jour 2, fin de matinée | Détente en masse, boulage, mise en moule | 1 h à 28 °C, puis 30 min de travail |
| Jour 2, après-midi | Apprêt en moule papier | 5 à 7 h à 28 °C, sommet à 2 cm du bord |
| Jour 2, soir | Scarification et cuisson | 50 à 55 min à 160 °C, 92-94 °C à cœur |
| Jour 2 soir → Jour 3 matin | Refroidissement tête en bas | 10 à 12 h, suspendu par deux brochettes |
| Jour 3 | Emballage hermétique | Meilleur 24 à 48 h plus tard |
Les deux pétrissages : primo et secondo impasto

C’est ici que le panettone se sépare de la brioche. Notre brioche au levain se pétrit en une fois, au levain liquide ; le panettone demande un levain dur à l’acidité maîtrisée, deux pétrissages séparés par une nuit de pousse, un beurre incorporé en deux temps et un retournement après cuisson. Ce n’est pas une grosse brioche, mais une autre technique, qui donne une mie plus filante et une conservation bien plus longue.
Le primo impasto, le soir du premier jour
Le primo impasto est une pâte de force : peu d’ingrédients, beaucoup de gluten à construire. Le repère de fin n’est pas une durée mais un état — une pâte lisse qui s’étire en voile translucide sans se déchirer. Elle pousse ensuite à 26 °C jusqu’à tripler ; si au matin elle n’a fait que doubler, attendez.
Le secondo impasto, et l’incorporation du beurre
Le lendemain, la pâte poussée retourne dans la cuve avec la farine restante ; puis tout le reste entre un ingrédient à la fois — sucre, jaunes, miel, sel, et le beurre en trois ou quatre ajouts — en attendant chaque fois que la pâte se referme. C’est l’étape où l’on perd le plus de panettones : un beurre versé d’un coup, ou une pâte qui dépasse 26 °C, et le gras enrobe le gluten au lieu de s’y intégrer ; elle devient molle, luisante, et ne se relèvera plus. Sonde dans la cuve, beurre souple mais jamais fondu.
💡 Astuce — Travaillez dans une cuisine à moins de 22 °C et sortez le beurre du réfrigérateur une heure avant seulement. Le panettone est une pâte qu’on garde fraîche pendant qu’on la pétrit, et qu’on réchauffe seulement une fois qu’elle a sa structure.
Le pas-à-pas complet
- La veille, rafraîchir le levain dur trois fois, à 3-4 h d’intervalle, à 26-28 °C : il doit tripler et sentir le lait.
- Le soir, dissoudre 65 g de sucre dans 100 g d’eau, ajouter farine et levain en morceaux, pétrir 10 minutes à vitesse lente.
- Incorporer 45 g de jaunes en deux fois, puis 65 g de beurre pommade en trois fois, chaque ajout absorbé avant le suivant : 25 à 30 minutes jusqu’au voile translucide.
- Pousser en récipient droit et couvert, à 26 °C, 10 à 12 heures, jusqu’à triplement du volume.
- Le matin, remettre la pâte dans la cuve avec les 50 g de farine restants, pétrir 8 à 10 minutes.
- Ajouter un par un, la pâte se refermant à chaque fois : sucre, jaunes, miel, sel, vanille, zeste d’orange.
- Incorporer 85 g de beurre en trois ou quatre fois, pâte sous 26 °C, brillante et élastique entre deux ajouts.
- Ajouter raisins et écorces confites à vitesse minimale, une minute, sans les écraser.
- Détendre 1 heure à 28 °C, bouler sans dégazer, déposer soudure en bas dans le moule papier de 1 kg.
- Pousser 5 à 7 heures à 28 °C : la pâte doit arriver à 2 cm du bord du moule.
- Scarifier une croix, poser une noisette de beurre au centre, cuire 50 à 55 minutes à 160 °C jusqu’à 92-94 °C à cœur.
- Dès la sortie du four, transpercer la base du moule avec deux brochettes, suspendre tête en bas 10 à 12 heures, puis emballer hermétiquement.
En vidéo : la conduite d’un panettone au levain, du pétrissage à la mise en moule (École internationale de boulangerie).
Cuisson, température à cœur et retournement

Un panettone cuit longtemps et pas très chaud : haut et riche en sucre comme en gras, il aurait la croûte noire à 200 °C avant que le centre ait coagulé. Rien à voir avec les repères de la cuisson du pain, temps et température.
Les réglages du four propres au panettone
Je cuis à 160 °C en chaleur statique, sole du four, 50 à 55 minutes pour un 1 kg, 35 à 40 pour un 750 g, sans buée : l’humidité amollirait la croûte fine qu’on recherche. Le moule va sur une grille à mi-hauteur, porte fermée pendant la première demi-heure : le dôme est fragile, et la scarification en croix canalise sa poussée.
92 à 94 °C à cœur : la seule mesure qui tranche
La durée ne prouve rien : le seul critère fiable est la température au centre de la mie, 92 à 94 °C. En dessous, l’amidon n’a pas fini de se gélifier et le cœur reste humide, avec ce goût de pâte crue ; au-dessus, on dessèche une mie dont tout l’intérêt est le moelleux. Sonde par le dessus, en évitant un raisin.
Le retournement, le geste qui sauve la mie
C’est le geste signature du panettone, et le plus souvent oublié. À la sortie du four, la mie est un gel chaud très alvéolé, incapable de supporter son propre poids : laissée debout, elle s’écrase et le dôme se creuse. Il faut donc retourner le panettone tête en bas immédiatement — deux longues brochettes en travers du bas du moule, et l’ensemble suspendu entre deux appuis. Il y reste dix à douze heures, le temps que la mie se fixe en s’étirant au lieu de se tasser, et ne revient à l’endroit que complètement froid.
Ce qui rate, les variantes et la conservation

Sur un produit aussi long, l’échec se prépare en amont : quand on s’en aperçoit, il est trop tard. Voici les quatre causes qui reviennent le plus.
Les quatre échecs les plus fréquents
- Levain trop acide — pâte collante qui se relâche, mie dense, goût de vinaigre en deux jours. Cause : rafraîchis trop espacés, ou levain trop hydraté.
- Levain pas assez fort — la pousse stagne au doublement et l’apprêt n’atteint jamais le bord du moule. Irrécupérable : reprendre les rafraîchis un jour de plus.
- Beurre incorporé trop vite — pâte luisante et molle, qui se sépare du crochet en lambeaux et ne reprendra pas de structure : mie serrée et grasse.
- Dôme affaissé après cuisson — presque toujours l’absence de retournement, ou une sortie du four avant 92 °C à cœur.
Variantes : chocolat, agrumes, fruits à coque
La substitution la plus demandée est le chocolat : remplacez les 250 g de raisins et d’écorces par autant de pépites résistantes à la cuisson, et retirez le zeste d’orange. Agrumes seuls, glaçage aux amandes, fruits à coque : autant d’allergènes à mentionner. Mais ne touchez ni aux proportions de beurre, de jaunes et de sucre, ni au déroulé : c’est l’équilibre de la pâte qui fait le panettone.
Conserver et trancher
Un panettone au levain est meilleur 24 à 48 heures après la cuisson, la mie soyeuse. Une fois froid, il s’emballe dans un grand sac bien fermé, à température ambiante et jamais au réfrigérateur : il tient une bonne semaine, parfois dix jours — là est la supériorité du levain sur la levure. On le tranche sans appuyer, au couteau-scie.
Les valeurs ci-dessous sont estimées sur les ingrédients crus de cette recette, d’après la table de composition Ciqual de l’ANSES. Et si le niveau technique vous intrigue : le panettone fait l’objet de formations professionnelles dédiées, notamment à l’INBP.
Valeurs nutritionnelles estimées par portion
| Énergie | 328 kcal |
|---|---|
| Protéines | 4 g |
| Glucides | 48 g |
| Lipides | 13 g |
| Fibres | 1,5 g |
Portion : 1 tranche (environ 85 g), soit 1/12 de la recette. Estimation calculée à partir de la table Ciqual (ANSES) pour les ingrédients crus, hors pertes à la cuisson — à titre indicatif ; ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé.
Votre levain n’est pas encore prêt pour un panettone ?
Reprendre les rafraîchis pas à pasFAQ : vos questions sur le panettone au levain
Peut-on faire un panettone à la levure, sans levain ?
Oui, et beaucoup de recettes de panettone maison fonctionnent ainsi, avec une nuit de pousse au froid. Le résultat est correct mais plus proche d’une brioche aux fruits : la mie est moins filante, les arômes moins complexes, et surtout la conservation tombe à deux ou trois jours au lieu d’une semaine. C’est précisément ce que le levain dur apporte.
Combien de temps faut-il vraiment pour un panettone au levain ?
Trois jours de calendrier, dont environ trois à quatre heures de travail effectif. Le reste, ce sont des attentes : les rafraîchis du levain, douze heures de pousse après le premier pétrissage, cinq à sept heures d’apprêt et une nuit de refroidissement tête en bas. Si votre levain est déjà dur et vigoureux, on descend à deux jours pleins.
Pourquoi mon panettone s’affaisse-t-il après la cuisson ?
Dans la grande majorité des cas, parce qu’il n’a pas été retourné tête en bas dès la sortie du four : la mie chaude ne tient pas son propre poids. La deuxième cause est une cuisson arrêtée trop tôt, avant 92 °C à cœur. Une pousse menée trop loin, jusqu’à ce que la pâte déborde du moule, produit le même effondrement.
Le moule en papier est-il indispensable ?
Il est très fortement conseillé. Ses parois soutiennent la pousse verticale et résistent aux brochettes du retournement, ce qu’aucun moule métallique ne permet. À défaut, un moule à charlotte haut chemisé de papier cuisson double peut faire l’affaire, mais il faudra démouler chaud et improviser un support pour suspendre le panettone.
Quelle farine choisir pour un panettone ?
Une farine de gruau T45 de force élevée, autour de W 350 à 400, souvent vendue sous l’appellation italienne « manitoba ». Une T55 ordinaire, autour de W 160, ne construira pas un réseau de gluten capable de retenir autant de beurre et de sucre : la pâte se relâchera pendant l’apprêt, quelle que soit la qualité du levain.
Combien de temps se conserve un panettone maison ?
Une bonne semaine, parfois dix jours, emballé hermétiquement à température ambiante et jamais au réfrigérateur. Il est même meilleur 24 à 48 heures après la cuisson qu’au sortir du four. Au-delà, les tranches se réchauffent très bien quelques secondes à la poêle ou au four, ou se transforment en pain perdu.









