Pain de seigle : le guide complet d’une céréale à part

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L’essentiel à retenir

  • Le seigle contient du gluten — ses protéines s’appellent les sécalines. Il n’est pas adapté à la maladie cœliaque.
  • Sa pâte ne se comporte pas comme une pâte de blé : peu de réseau glutineux, beaucoup de pentosanes, une forte activité amylasique. D’où le levain, quasi obligatoire.
  • « Pain de seigle » et « pain au seigle » ne désignent pas le même pain : le premier contient au moins 65 % de farine de seigle, le second beaucoup moins.
  • Un goût acidulé, une mie serrée, et la meilleure conservation de tous les pains français — souvent une semaine.

Sur l’étal, il ne ressemble à rien d’autre. Là où les baguettes s’alignent, dorées et légères, le pain de seigle pose sa masse sombre, avec une croûte mate et souvent craquelée comme un sol sec. Prenez-le en main : il est lourd, bien plus lourd que son volume ne le laissait deviner. Coupez-le : la mie est serrée, humide, d’un gris-brun qui n’a rien de la blancheur d’un pain de blé. Et il sent autre chose — quelque chose de terreux, de légèrement acidulé.

Ce pain-là n’est pas une variante du pain de blé. C’est un pain différent, parce que la céréale qui le compose se comporte différemment à toutes les étapes : au champ, au moulin, dans le pétrin et dans le four. C’est ce qui explique les questions qu’on se pose à son sujet — pourquoi il est si dense, pourquoi il faut du levain, pourquoi il se garde si longtemps, et pourquoi tant de gens le croient à tort sans gluten. Reprenons dans l’ordre, du grain à la tartine.

Le seigle, la céréale qui pousse là où le blé renonce

Champ de seigle mûr, épis barbus penchés sous le vent

Avant d’être un pain, le seigle est une plante — Secale cereale, une graminée d’un à deux mètres, à l’épi barbu et étroit, qui ressemble de loin à un épi de blé. La ressemblance s’arrête là : le blé est une céréale exigeante, le seigle une céréale d’endurance.

Une céréale née comme mauvaise herbe

C’est l’un des plus beaux paradoxes de l’histoire agricole : le seigle n’a pas été domestiqué pour lui-même. Son ancêtre sauvage apparaît au Moyen-Orient, et ses premières traces ont été retrouvées en Turquie, sur des sites néolithiques. Longtemps, il a poussé dans les champs de blé malgré les cultivateurs, en adventice tenace. Puis on a remarqué que, les années où le froid, la sécheresse ou un sol trop pauvre faisaient échouer le blé, le seigle tenait bon. Il a fini par être semé pour lui-même — non parce qu’il était meilleur, mais parce qu’il était fiable.

Pourquoi il a nourri les régions froides

Le seigle supporte des froids que peu de céréales encaissent, s’accommode de sols acides, sableux, pauvres en azote, et pousse en altitude. Cette rusticité dessine sa géographie : l’Europe du Nord et de l’Est d’abord — l’Allemagne y consacre environ 540 000 hectares, la Pologne près de 900 000, sans parler de la Scandinavie et des pays baltes, où le pain de seigle reste le pain quotidien. En France, il a fait vivre les zones que le blé boudait : le Massif central, la Lozère, les Alpes, les Vosges, la Bretagne intérieure. Jusqu’au XIXe siècle, il était la deuxième céréale la plus cultivée du pays. C’était alors le « pain noir », le pain du pauvre, chargé d’une image dont il a mis longtemps à se défaire — un renversement complet, puisqu’il est aujourd’hui recherché pour ses qualités. On retrouve ce mouvement dans bien d’autres pains du patrimoine boulanger français.

Le seigle en France aujourd’hui

La chute a été vertigineuse. La France cultive aujourd’hui le seigle sur environ 30 000 hectares, pour une production de l’ordre de 135 000 tonnes — une goutte d’eau face au blé tendre. Fait notable, près d’un quart de cette surface est en agriculture biologique, une proportion sans commune mesure avec les autres céréales : le seigle demande peu d’intrants. L’essentiel de la récolte ne va d’ailleurs pas au fournil — près de 70 % part en alimentation animale, et une grande part est consommée directement à la ferme. La panification n’est plus qu’un débouché minoritaire, aux côtés du pain d’épices, de quelques alcools, et d’une paille qui sert encore à couvrir des toitures de chaume. Les chiffres de la filière seigle sont publiés par l’interprofession céréalière.

La farine de seigle : T70, T85, T130, T170

Farine de seigle sortant d'une meule de pierre dans un moulin

Comme pour le blé, la farine de seigle se classe par « type » : T70, T85, T130, T170. Attention, les nombres ne se comparent pas d’une céréale à l’autre : une T85 de blé et une T85 de seigle n’ont ni la même couleur, ni le même comportement.

Le taux de cendres, mode d’emploi

Le chiffre qui suit le T est un taux de cendres : la quantité de matière minérale qui reste quand on incinère un échantillon de farine, en grammes pour 100 g de matière sèche (une T130 en laisse 1,30 g). Les minéraux se concentrent dans les enveloppes du grain : plus le chiffre est haut, plus la farine contient de son, plus elle est foncée, parfumée, riche en fibres — et plus elle est difficile à faire lever. La logique est la même que pour le blé, à une différence près : en seigle, la gamme commence plus haut, il n’existe pas d’équivalent de la T45.

Quelle farine de seigle pour quel pain

TypeNom courantCe qu’elle contientUsage typique
T70Seigle blancLa plus tamisée, peu de sonPains mixtes légers, pâtisserie, pain d’épices
T85Seigle bisUne partie des enveloppesLa plus polyvalente : pains au seigle, incorporation à 10-30 % dans une pâte de blé
T130Seigle completPresque tout le grainLe vrai pain de seigle, les levains de seigle
T170Seigle intégralLe grain entier, rien de retiréPains noirs très denses, style nordique, en moule

En pratique, la T130 est la farine du pain de seigle tel qu’on l’entend en France, et la T85 celle qu’on ajoute à une pâte de blé pour lui donner du caractère. La T170, plus rare, produit ces pains noirs très compacts qu’on cuit en moule et qu’on tranche fin.

Ce que la mouture change au goût

Un détail qu’on néglige souvent : la façon dont le grain a été moulu compte autant que le type. Une farine de seigle moulue sur meule de pierre conserve le germe et une partie des huiles du grain ; elle est plus parfumée, mais elle rancit plus vite — quelques mois, pas un an. Si vous achetez du seigle complet, achetez petit et souvent, et gardez la farine au frais.

Pourquoi une pâte de seigle ne se comporte pas comme une pâte de blé

Levain de seigle actif dans un bocal en verre

C’est le cœur du sujet, et cela explique presque tout le reste : la densité, la mie humide, l’acidité, la conservation. Une pâte de seigle n’est pas une pâte de blé « en plus foncé ». Elle repose sur une mécanique complètement différente.

Peu de réseau glutineux, beaucoup de pentosanes

Dans une pâte de blé, deux familles de protéines — les gliadines et les gluténines — s’assemblent en réseau de gluten une fois hydratées et travaillées : une trame élastique qui emprisonne le gaz de la fermentation et fait gonfler la pâte. Le seigle possède bien des protéines apparentées, mais elles ne forment pas ce réseau, ou si peu qu’il ne porte rien. Pétrir une pâte de seigle vingt minutes ne développe donc rien : il n’y a pas de trame à construire.

Ce qui tient la pâte, à la place, ce sont les pentosanes — des arabinoxylanes, autrement dit des fibres solubles, présentes en quantité bien plus importante que dans le blé. Elles absorbent plusieurs fois leur poids en eau et forment un gel visqueux. C’est ce gel, et non un réseau élastique, qui retient l’eau et une partie des gaz. D’où une pâte collante, molle, sans ressort, qui s’étale au lieu de se déchirer, et qu’on travaille à la main mouillée ou à la corne.

L’activité amylasique, le vrai problème du seigle

Le second obstacle est moins visible, mais bien plus décisif. Les grains de céréales contiennent des amylases, enzymes qui découpent l’amidon en sucres. Le seigle en est particulièrement riche, et les siennes restent actives à des températures plus élevées que celles du blé. Or, pendant la cuisson, l’amidon de seigle gélatinise assez tôt — il s’ouvre, absorbe l’eau, se met en gel — alors que les amylases n’ont pas encore été détruites par la chaleur. Elles se retrouvent face à un amidon devenu attaquable, et le dégradent. Le résultat est connu de qui a essayé une fois : une mie collante, gommeuse, presque crue au toucher, qui colle au couteau. Ce n’est pas un défaut de cuisson, c’est une réaction enzymatique.

Pourquoi le levain devient quasi obligatoire

Il existe un levier simple contre ce phénomène : l’acidité. En abaissant le pH de la pâte, on inhibe les amylases avant qu’elles ne fassent des dégâts, et on modifie la façon dont l’amidon et les pentosanes se structurent. Le moyen naturel d’acidifier une pâte, c’est le levain — cette culture de levures et de bactéries lactiques qui produit, en fermentant, de l’acide lactique et de l’acide acétique.

Voilà pourquoi, dès qu’un pain dépasse une proportion significative de seigle, le levain n’est plus une option esthétique mais une nécessité technique. Ce n’est ni une question de mode ni une question de goût : c’est ce qui empêche la mie de se déliter, et la levure de boulanger seule ne produit pas cette acidité. Le seigle est d’ailleurs la farine que la plupart des boulangers utilisent pour démarrer un levain, parce que sa richesse en enzymes et en flore le rend particulièrement vif.

En vidéo : le déroulé complet d’un pain de seigle au levain, du rafraîchi au défournement (chaîne « La bonne cocotte »).

Ce que ça change au pétrissage et au façonnage

  • Pas de pétrissage long : on mélange jusqu’à homogénéité, quelques minutes, et on s’arrête. Il n’y a pas de réseau à développer.
  • Une hydratation élevée : les pentosanes réclament beaucoup d’eau. La pâte doit être molle, presque une pâte à gâteau épaisse.
  • Un façonnage à l’eau ou à la corne : on ne boule pas, on rassemble et on dépose. Beaucoup de pains de seigle se cuisent en moule pour cette raison.
  • Un apprêt court et surveillé : sans réseau pour retenir le gaz, une pâte poussée trop loin s’affaisse au four.
  • Pas de grigne franche, et une cuisson longue à four descendant : les craquelures de surface se forment seules, et la masse est dense à chauffer à cœur.

Le seigle ne se pétrit pas, il se mélange. Ce qui tient la pâte, ce n’est pas un réseau élastique mais un gel de fibres — et un levain qui l’acidifie.

Seigle et gluten : la réponse est nette

Tranches de pain de seigle à la mie serrée sur une planche

C’est la question la plus posée sur ce pain, et celle sur laquelle circulent le plus d’approximations. Elle mérite une réponse sans détour.

Oui, le seigle contient du gluten

Le seigle contient du gluten. Ses protéines de réserve, les sécalines, appartiennent à la même famille — les prolamines — que les gliadines du blé et les hordéines de l’orge. Ce sont les trois céréales à écarter dans un régime sans gluten : blé (et ses parents épeautre, engrain, kamut), orge, seigle. Un pain de seigle, un pain au seigle, une farine ou un levain de seigle : tous en contiennent, quelle que soit la durée de fermentation.

Pourquoi tant de gens croient le contraire

La confusion vient de la section précédente, et elle est presque logique. On lit partout — y compris ici — que le seigle « n’a pas de réseau glutineux » et que sa pâte « ne se pétrit pas ». C’est exact, mais dit une chose très précise : les protéines du seigle ne s’assemblent pas en trame élastique. Elles n’en sont pas absentes pour autant.

La distinction tient en une ligne : « peu de gluten panifiable » n’a rien à voir avec « sans gluten ». La première expression décrit un comportement en boulangerie, la seconde décrit une composition et engage la santé de quelqu’un. Les deux se sont télescopées. On retrouve la même confusion autour de la fermentation longue : le levain modifie une partie des protéines, mais il ne rend pas un pain sans gluten — nous détaillons ce point dans notre article sur pain au levain et gluten.

⚠️ Important — En cas de maladie cœliaque, d’allergie au blé ou de sensibilité au gluten non cœliaque, le pain de seigle n’est pas adapté. Ces situations relèvent d’un diagnostic et d’un suivi par un professionnel de santé — médecin traitant, gastro-entérologue, diététicien-nutritionniste. Ne modifiez pas votre alimentation sur la seule foi d’un article : un régime d’exclusion entamé avant les examens peut fausser le diagnostic.

Trois situations à ne pas confondre

La maladie cœliaque est une maladie auto-immune : l’exclusion du gluten y est stricte, à vie, sans exception — pas même une tranche de pain de seigle. L’allergie au blé relève d’un mécanisme immunitaire différent, qui n’implique pas forcément le seigle mais demande un avis médical avant toute réintroduction. La sensibilité au gluten non cœliaque, enfin, reste un tableau débattu, sans test diagnostique consensuel, où la tolérance varie beaucoup d’une personne à l’autre. Ces trois cas n’appellent ni le même diagnostic, ni la même conduite : c’est un professionnel de santé qui tranche, pas un article de blog.

« Pain de seigle » ou « pain au seigle » : ce que dit l’étiquette

Étal de boulangerie avec pains foncés et étiquettes

Deux mots, une lettre de différence, et deux pains qui n’ont pas grand-chose à voir. Ce n’est pas une nuance de vocabulaire : ces dénominations de vente sont encadrées, et un boulanger ne peut pas les employer indifféremment.

65 % de seigle, le seuil de la dénomination

La règle est ancienne et constante : pour être vendu sous le nom de « pain de seigle », un pain doit être fabriqué à partir d’une pâte contenant au moins 65 % de farine de seigle, le complément étant de la farine de blé. En dessous de ce seuil, la mention correcte devient « pain au seigle » — un pain de blé dans lequel le seigle entre pour une part minoritaire, en général de l’ordre de 10 à 35 %. Le même principe régit les autres appellations, à commencer par celles du décret pain du 13 septembre 1993, qui définit le « pain de tradition française » et le « pain maison ». Ces textes se consultent sur Légifrance ; en cas de doute sur un étiquetage, la question se pose à la DGCCRF.

Comment les distinguer à l’œil et au goût

  • La couleur : un vrai pain de seigle est franchement gris-brun, parfois presque anthracite. Un pain au seigle reste beige, à peine teinté.
  • Le poids : soupesez. À volume égal, le pain de seigle est nettement plus lourd.
  • La mie : serrée, à alvéoles fines et régulières, un peu humide. Un pain au seigle garde l’alvéolage irrégulier d’un pain de blé.
  • La surface : craquelée et mate, sans grigne nette, pour le pain de seigle ; lamée proprement pour le pain au seigle.
  • Le goût : l’acidité et les notes terreuses sont franches dans l’un, discrètes dans l’autre.

Aucun des deux n’est meilleur que l’autre : ils ne servent pas à la même chose. Le pain au seigle, plus souple, fait un excellent pain de table quotidien ; le pain de seigle est un pain d’accompagnement, qu’on tranche fin.

Le goût, la mie, la conservation

Tout ce qui précède se retrouve dans l’assiette : la pâte devient une texture, l’acidité un arôme, le gel de pentosanes une durée de conservation.

Un goût acidulé, terreux, qui ne triche pas

Le pain de seigle a un goût franc, qu’on aime ou qu’on n’aime pas, rarement entre les deux. Une acidité nette venue du levain ; un fond terreux, presque minéral, apporté par les enveloppes du grain ; et, selon les fermentations, des notes de noisette, de caramel sombre, parfois de réglisse. On le sert traditionnellement avec les huîtres, le beurre salé, les poissons fumés, les fromages affinés. Il ne s’efface pas — il faut lui donner quelque chose d’aussi affirmé que lui.

Pourquoi il faut attendre avant de trancher

Voilà la règle que tout le monde enfreint la première fois. Un pain de blé se laisse trancher tiède ; un pain de seigle, non. Sa structure n’est pas achevée à la sortie du four : le gel de pentosanes et l’amidon gélatinisé continuent de se prendre pendant le refroidissement. Trancher trop tôt, c’est obtenir une mie collante qui s’écrase sous la lame, et croire à un défaut de cuisson qui n’en est pas un. L’usage est d’attendre au moins douze heures, idéalement vingt-quatre. Le pain n’est pas rassis pour autant : il est simplement fini.

Le pain qui se garde le plus longtemps

C’est peut-être son plus grand atout pratique. Là où une baguette est sèche en quelques heures, un pain de seigle au levain se garde facilement une semaine, parfois davantage. Deux mécanismes s’additionnent : les pentosanes retiennent l’eau dans la mie, et l’acidité du levain freine le développement des moisissures. Conservez-le entier, coupe posée contre la planche ou dans un linge propre, à température ambiante — jamais au réfrigérateur, qui accélère le rassissement de tous les pains. Il se congèle très bien tranché.

💡 Astuce — Un pain de seigle qui a une semaine n’est pas perdu : passez la tranche quelques secondes au grille-pain, l’amidon se réhydrate et le parfum revient. C’est le meilleur support qui soit pour du pain grillé au beurre.

Bienfaits et limites du pain de seigle

Tranche de pain de seigle beurrée sur une assiette au petit-déjeuner

Le pain de seigle traîne une réputation de « pain santé » qui mérite d’être regardée de près : ce qu’elle a de solide, et ce qu’elle passe sous silence.

Des fibres, des minéraux, de la satiété

Le premier atout du seigle est sa richesse en fibres, et notamment en fibres solubles — ces mêmes pentosanes qui jouent en cuisine le rôle décrit plus haut et qui, à table, contribuent au bon fonctionnement du transit. Le grain apporte aussi des vitamines du groupe B, du potassium, du phosphore et du magnésium, en quantités d’autant plus intéressantes que la farine est complète. Les valeurs de composition détaillées sont publiées par l’ANSES dans la table Ciqual, la référence française en la matière.

Sa densité et sa teneur en fibres en font par ailleurs un pain rassasiant : deux tranches fines suffisent souvent là où il aurait fallu un quart de baguette. C’est une logique voisine de celle des pains complets, dont nous détaillons les bienfaits du pain complet dans un article dédié. Quant à sa réputation d’être plus doux sur la glycémie, elle repose sur des mesures d’index glycémique que nous avons rassemblées, chiffres et ordres de grandeur à l’appui, dans notre dossier sur l’indice glycémique du pain — c’est là qu’il faut aller pour comparer sérieusement les pains entre eux.

Les limites, dites simplement

  • L’acidité ne plaît pas à tout le monde, et rarement aux jeunes enfants habitués au pain blanc. Un pain au seigle à 20 % est une meilleure porte d’entrée qu’un pain de seigle à 100 %.
  • La densité se paie : c’est un pain qu’on tranche fin. Une tranche épaisse est vite lourde, surtout le soir.
  • L’apport de fibres, s’il augmente brutalement, peut occasionner un inconfort digestif passager. Mieux vaut y venir progressivement.
  • Les fructanes qu’il contient en font un aliment à connaître pour les personnes suivant un régime pauvre en FODMAP, par exemple dans le cadre d’un syndrome de l’intestin irritable — un cadre qui se définit avec un professionnel de santé, jamais seul.
  • Le gluten, enfin : voir plus haut, la réponse est sans ambiguïté.

L’ergot du seigle : une page d’histoire, une filière surveillée

Impossible de parler du seigle sans évoquer l’ergot, tant l’histoire l’a associé à cette céréale. Claviceps purpurea est un champignon parasite qui, dans certaines conditions humides à la floraison, remplace un grain de l’épi par un sclérote — une petite masse noire et allongée, visible à l’œil nu, qui contient des alcaloïdes. Au Moyen Âge, quand le tri était rudimentaire et que les disettes poussaient à tout moudre, la consommation de farine contaminée provoquait l’ergotisme, dont les chroniques ont gardé la trace.

Aujourd’hui, c’est un sujet de meunerie, pas un sujet de consommateur. Le nettoyage et le triage des lots, y compris par tri optique, écartent les sclérotes avant la mouture, et la réglementation européenne fixe des teneurs maximales en sclérotes et en alcaloïdes de l’ergot, avec des seuils propres aux produits de mouture du seigle. La question est réelle, elle se traite en amont, et elle ne concerne pas le pain que vous achetez chez votre boulanger.

Le pain de seigle reste ce qu’il a toujours été : un pain de céréale entière, dense et nourrissant, qui a sa place dans une alimentation variée. Ni un aliment-médicament, ni un pain à redouter — un bon pain, avec du caractère.

FAQ : vos questions sur le pain de seigle

Pourquoi le pain de seigle est-il noir ?

Sa couleur vient d’abord des enveloppes du grain : les farines de seigle les plus utilisées en panification sont complètes (T130, T170) et conservent la majeure partie du son, naturellement foncé. S’y ajoutent les réactions de brunissement d’une cuisson longue et l’acidité du levain, qui accentue la teinte de la mie. Certains pains noirs d’Europe du Nord doivent en outre leur couleur à un ajout de malt torréfié.

Le pain de seigle contient-il du gluten ?

Oui, sans ambiguïté. Le seigle contient des prolamines appelées sécalines, de la même famille que le gluten du blé. Il fait partie des trois céréales exclues d’un régime sans gluten, avec le blé et l’orge. Le fait que sa pâte ne développe pas de réseau élastique décrit un comportement en boulangerie, pas une absence de gluten. En cas de maladie cœliaque, d’allergie au blé ou de sensibilité supposée, adressez-vous à un professionnel de santé.

Quelle quantité de pain de seigle par jour ?

Il n’existe pas de quantité « recommandée » propre au pain de seigle : les repères nutritionnels publics portent sur les féculents et produits céréaliers dans leur ensemble, en privilégiant les versions complètes. En pratique, sa densité fait qu’on en consomme naturellement moins qu’un pain blanc — deux à trois tranches fines par repas suffisent généralement. Pour un besoin individuel, notamment en cas de suivi médical, la question se pose à un médecin ou à un diététicien-nutritionniste.

Comment conserver le pain de seigle ?

À température ambiante, entier, la face coupée posée contre une planche ou enveloppé dans un linge de coton — surtout pas au réfrigérateur, qui accélère le rassissement. Ainsi conservé, un pain de seigle au levain tient facilement une semaine. Pour plus long, tranchez-le et congelez-le : les tranches se réchauffent très bien au grille-pain, directement sorties du congélateur.

Quelle farine de seigle utiliser pour faire son pain ?

Pour un véritable pain de seigle, la T130 est la référence. Pour un premier essai, mieux vaut cependant commencer par un pain mixte : 30 % de T85 de seigle pour 70 % de farine de blé, ce qui donne le parfum du seigle avec une pâte qui reste maniable. La T170 est réservée aux pains noirs très denses cuits en moule, et la T70 sert surtout en pâtisserie et en pain d’épices.

Quel goût a le pain de seigle ?

Un goût acidulé et terreux, avec des notes de noisette et parfois de réglisse, plus prononcé que celui de n’importe quel pain de blé. L’acidité vient du levain, indispensable à sa fabrication ; le fond terreux vient des enveloppes du grain. C’est un pain de caractère, qu’on associe traditionnellement aux huîtres, aux poissons fumés, au beurre salé et aux fromages affinés.

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